« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

couleurs d'automne

La Science dans le sens le plus communément admis aujourd’hui obéit à une logique implacable. Les mathématiques, et la physique peuvent être en ce sens qualifiées de sciences formelles . Il existe dans ces disciplines une rigueur extrême, rigueur nécessaire pour éviter les erreurs. La Science se veut donc objective. Elle se donne pour but de trouver La Vérité.Pour se faire, elle se base sur la démonstration formelle, et sur l’expérience qui vient appuyer cette démonstration.

La Conscience se rapporte à quelque chose de plus subjectif. C’est la perception qu’on a de soi, et plus largement du monde qui nous entoure. On parle aussi de conscience dans le sens d’éthique et de morale. Finalement la conscience, c’est peut-être ce qui permet d’interroger la science et de faire vaciller les certitudes. C’est la liberté que prend le sujet par rapport à un ordre (quel qu’il soit) qui lui est imposé. La con-science accompagne donc la science.

Pour parvenir à la Vérité, l’homme va modéliser le réel, en utilisant sa Raison. Grâce à cela, il rend le monde qui l’entoure intelligible. Il rationalise.

Mais qu’est-ce que la raison? Elle peut être définie comme la capacité de discernement d’un être humain. Le discernement c’est distinguer le vrai du faux, le réel du virtuel, etc. .Pour cela l’être humain doit comparer, mesurer. Raison vient en effet du latin ratio qui signifie calcul ou mesure.

Quelle est la place de la subjectivité dans cette rationalisation rigoureuse du monde? La subjectivité s’affranchit des limites imposées par les démonstrations formelles. Cette subjectivité peut se manifester par une forme d’originalité, de curiosité, d’imagination; qui pousse l’être humain à s’affranchir des lois qui régissent le monde. Par lois j’entends aussi bien lois humaines (juridiques), que lois « naturelles » (physiques, chimiques). Ces lois sont sans cesse remises en questions lorsque de nouvelles découvertes son faites. Elles s’adaptent à l’état des mœurs et des connaissances de l’époque à laquelle vit celui ou ceux qui les élaborent.

D’autre part l’âme au sens psychologiques du terme renvoie à l’expérience personnelle du sujet. Elle constitue un monde intangible et mystérieux que l’on ne saurait modéliser par des chiffres. Selon les époques le mot âme a pris différents sens qui se rejoignent. La psyché, ce principe vital qui permet à la matière de ne plus être seulement matière , c’est le souffle qui anime la matière et la rend vivante. Les plus fervents partisans du physicalisme vous répondront que le mental se réduit à quelque chose de physique. Les découvertes en neurosciences leurs fournissent des arguments. La science de l’infiniment petit progresse et on découvre que ce qu’on pensait immatériel est en fait transporté par d’infimes particules. Néanmoins l’âme reste quelque chose d’unique, modelé par l’histoire de chacun. C’est à travers ce prisme que l’être humain perçoit le monde qui l’entoure.

La subjectivité de l’être humain est donc sa liberté intrinsèque. Celle qui le pousse à questionner l’ordre existant, imposé ou du moins mis en place par ses pairs.

L’homme peut essayer d’instituer un ordre, un système  en s’appuyant sur  la Raison. En effet on peut tenter d’imposer sa vision à autrui en lui signifiant que notre conviction se base sur la logique. Mais toute démonstration repose sur un postulat de départ, qui peut être erroné. L’autre peut nous permettre de remettre en cause ce postulat. Cette remise en cause est la condition nécessaire pour découvrir.

Lorsqu’on fait appel à la Raison d’un être humain, il faut percevoir ses limites. La Raison est une et multiple. Elle se nourrit de chacun pour grandir. Les connaissances des uns, apportent aux autres. Par conséquent la Raison ne peut s’imposer. Car personne ne détient la Raison, nous portons chacun en nous des bouts de raison. Oui, finalement la raison n’est qu’un modèle de pensée, une façon particulière de percevoir le monde, et le représenter.  Donc la Raison qu’on voudrait objective et parfaite, est subjective.

L’homme de science est donc quelqu’un qui doute. Pourtant la science peut servir de prétexte pour imposer des dogmes totalitaires.

En effet le  danger est présent lorsqu’un individu considère qu’il est le seul à détenir la Raison, et qu’il l’impose à tous. La démonstration logique tire sa force de sa rigueur, mais c’est aussi ce qui fait sa faiblesse. Ce qui est immuable ne s’adapte pas. Un chercheur trop sûr de son fait peut refuser jusqu’à l’aveuglement  d’admettre la réalité la plus limpide. Celui qui se prétend savant, doit donc percevoir les limites de son propre savoir et se remettre sans cesse en question.

Par ailleurs, lorsque la course vers le savoir aveugle le chercheur, elle peut conduire au pire. La recherche scientifique se veut utile. L’homme qui possède un savoir doit aussi mesurer la responsabilité qui lui incombe. Veiller à ce que sa découverte ne serve pas des intérêts qu’il réprouve. En somme, l’homme de science doit consulter sa conscience. 

En conclusion, il semble important pour l’être humain d’apprendre à douter, questionner, chercher. La recherche est exaltante, car elle nous pousse en avant, nous donnant un but. Elle permet à de nouveaux concepts d’être sans cesse créés. Mais elle suppose aussi une certaine humilité: accepter la possibilité que ce en quoi je crois soit faux. Comprendre que toute statue érigée par l’homme, aussi puissante soit-elle, a ses  faiblesses.

Savoir se mettre en danger, laisser vaciller ses certitudes. Savoir redevenir enfant, regarder le monde avec un œil neuf, se débarrasser de ses préjugés. Tout déconstruire pour mieux reconstruire. Se confronter avec soi-même. Affronter ses propres démons, c’est là le plus grand combat, le combat de toute une vie.
« Qui triomphe de lui même possède la force. » ~Lao-Tseu 

K. N. A

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A propos K.N.A

(Apprentie) Biologiste (Apprentie) Poète
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3 commentaires pour « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

  1. Ping : Science sans conscience | Observatoire du MENSONGE

  2. Alexis dit :

    La conclusion est magnifique. Elle l’est pour moi en tout cas, peut-être parce que c’est quelque chose que je réalise de plus en plus. Découvrir, apprendre, comprendre encore et encore, mais surtout rester humble, sinon on s’enferme dans sa manière de penser, et d’une certaine manière, on compense à reculer alors qu’on avançait.
    Il y a beaucoup a tirer de tout ça, merci pour cet article 😉

  3. Isza dit :

     » La Raison (…) est subjective. »
    Approche très pertinente..!

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